|  2025/26 TOBS!

Quand la musique s'arrête

Les enjeux de l'«initiative visant à réduire de moitié le budget de la SSR».

Stefan Müller-Altermatt sait de quoi il parle: le conseiller national (Le Centre, canton de Soleure) et président du Conseil suisse de la musique a lui-même joué pendant de nombreuses années du cor d’harmonie au sein de la fanfare militaire de l’armée suisse. Aujourd’hui, il s’engage sur la scène politique pour la préservation de la vie musicale. Dans cet entretien, il met en garde avec insistance contre les conséquences de la dite «initiative pour une réduction de moitié de la SSR» et explique pourquoi celle-ci dépasse largement le cadre d’un simple débat de politique médiatique.

TOBS!: Monsieur Müller-Altermatt, pourquoi le Conseil suisse de la musique s'engage-t-il contre l'initiative pour une réduction de moitié de la SSR?

Stefan Müller-Altermatt: Parce que la musique a besoin d'une audience. Si la SSR ne disposait plus que de la moitié de ses moyens, d'innombrables retransmissions de concerts, émissions de radio, portraits et reportages sur des musiciennes et musiciens disparaîtraient. La scène médiatique, si importante aujourd'hui pour la vie musicale suisse, serait en grande partie réduite au silence. Et cela ne concerne pas seulement les grands orchestres, mais aussi les chœurs, les ensembles et les formations de jeunes talents.

TOBS!: Beaucoup associent d'abord cette initiative aux actualités ou aux émissions de divertissement, et moins à la musique. Pourquoi est-elle si controversée sur le plan politico-culturel?

Stefan Müller-Altermatt: Parce que la culture est pratiquement absente des médias privés. Le journalisme culturel est déjà aujourd'hui une denrée rare. Si la SSR doit faire des économies massives, ce sont précisément les domaines qui ne rapportent le moins d'audience qui seront touchés, à savoir la musique classique, le jazz, la musique folklorique et la musique contemporaine. Sans cette couverture médiatique, le public perd le lien avec une partie essentielle de notre identité.

TOBS!: Certain·e·s disent que la scène musicale devrait mieux se vendre. Est-ce réaliste?

Stefan Müller-Altermatt: La vie musicale professionnelle a besoin de publicité, et celle-ci ne se fait pas toute seule. Un concert symphonique à Bienne ou à Soleure n'est pas écouté simplement parce qu'il a lieu, mais parce qu'il est montré, raconté, communiqué. La SSR en est la colonne vertébrale. Si l'on réduit cette colonne vertébrale de moitié, le système s'effondre à de nombreux endroits.

TOBS!: Concrètement, quels sont les enjeux?

Stefan Müller-Altermatt: La promotion culturelle ne fonctionne que grâce à l'interaction entre plusieurs éléments: les subventions, la formation, les scènes et, justement, la présence médiatique. Si l'un de ces éléments vient à manquer, tout l'équilibre s'en trouve rompu. L'initiative visant à réduire de moitié les subventions porterait atteinte à cet équilibre et, en fin de compte, à la cohésion culturelle de notre pays.

TOBS!: Que souhaitez-vous de la part de notre public?

Stefan Müller-Altermatt: Qu'il prenne conscience que cette initiative nous concerne toutes et tous, même celles et ceux qui ne regardent ou n'écoutent pas la SRF quotidiennement. Elle déterminera si la musique continuera d'être entendue, vue et comprise en Suisse, ou si elle disparaîtra dans le silence. 

«La scène médiatique, si importante aujourd'hui pour la vie musicale suisse, serait en grande partie réduite au silence.»

 

Stefan Müller-Altermatt

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