Intrigue
La nuit tombe. Cinq femmes échangent les récits de leurs vies traversées par l’exil, le deuil, la souffrance, la nécessité de faire mémoire et l’élan d’insurrection. Un flot de lamentations dans la persistance d’une seule nuit. Elles pleurent la mort, la distance, la guerre et les multiples visages de la perte: catastrophes naturelles, désastres environnementaux, disparition des langues, interdiction des cultures.
Dans un geste collectif de sororité, ces voix se répondent, se soutiennent et transforment la parole partagée en un acte de résistance. Une capacité d’agir émerge du deuil, nourrie par une colère ancestrale, une colère née non de la haine, mais de la lucidité et du refus.
Elles portent en elles des histoires, les tenant près du cœur, précieuses, avec toute la souffrance qu’elles contiennent. Une douleur qui traverse le corps mais qui ne paralyse pas. Par le deuil, elles invoquent un futur fait de compréhension et de force.
Nous pouvons faire la paix. Nous pouvons reconstruire un monde, conscientes de ce qu’il ne doit plus être, et portées par l’espoir de ce qu’il peut devenir.
«Laissez durer la nuit» tisse un dialogue singulier entre pièces baroques, chants traditionnels du Kurdistan et d’Anatolie et musique électronique. Le chant oscille entre le lyrisme de la musique baroque et l’expressivité saisissante des répertoires traditionnels.
L’orchestre se mêle aux basses et aux sons électroniques, tissant des textures sonores uniques.
Dans l’obscurité, un écho nous relie aux nuits de celles et ceux qui furent nous, qui furent avant nous et dont les voix résonnent encore. On danse dans l’éternité de la nuit. On marche vers le jour à venir. Après nous, qui chantera?
Julia Deit-Ferrand / Raphael Jacobs
Distribution
Distribution
Concept et coordinaton artistique Julia Deit-Ferrand
Direction musicale Gabriella Teychenné
Reprise de direction Riccardo Fiscato
Mise en scène et décors Raphael Jacobs | Emily Hehl
Décors Raphael Jacobs
Costumes Esther-Helin Bienroth
Conception lumière Samuele D’Amico
Composition électronique | Sound Design Marie Delprat | Janiv Oron
Arrangements et matériel musical additionnel Gabriella Teychenné
Dramaturgie Julia Deit-Ferrand | Emily Hehl | Raphael Jacobs |
Meike Lieser
Assistance à la mise en scène et régie de plateau
Larissa Copetti-Campi | Damien Liger
Répétiteurs Riccardo Fiscato | Fernando Dos Santos Loura
Les voix dans la nuit:
Soprano Serenad Uyar
Mezzo-soprano Julia Deit-Ferrand
Chant et Saz Eylül Nazlîer
Soprano Marlene Chevalley-Knoepfler | Iris Keller
Électronique live Marie Delprat
Orchestre Orchestre Symphonique Bienne Soleure TOBS!
Technique
Technique
Directeur technique Günter Gruber
Responsable des décors et des ateliers Vazul Matusz
Responsable atelier couture Gabriele Gröbel
Responsable technique Adrian Schubert
Menuiserie Simon Kleinwechter | Steven McIntosh | Raphael Schärer
Atelier peinture Daniel Eymann (Responsable) | Julian Scherrer
Atelier décoration Ursula Gutzwiller (Responsable)
Maquillage et perruques opéra Sandra Widmer (Responsable) | Miriam Krähenbühl
Accessoires Sara Fichera, Line Wickart (Préparation et représentations) | Simon Kleinwechter (Représentations), Sara Fichera, Arno Jäger
Atelier couture Christine Wassmer (Adjointe Admininistrative) | Catherine Blumer | Natalie Zürcher (Tailleures dames) | Janine Bürdel | Sarah Stock | (Tailleures hommes) | Katrin Humbert | Dominique Zwygart (Tailleuses)
Habilleuses Lara Studer | Museng Fischer | Pascale Berlincourt |
Verena Graber
Chef de plateau Bienne Samuele D'Amico
Chef de plateau Soleure Rémy Zenger
Agencement technique Pia Marmier
Son et vidéo Matthias Daprà
et toutes l’équipe technique TOBS!
Responsable doublure lumière Michèle Péquegnat
Traductions surtitres:
Kurmandji-Français Latcheen Maslamani
Turc-Français Ali Sarı
Toutes les autres traductions Raphael Jacobs (allemand),
Julia Deit-Ferrand (français)
Configuration des surtitres Raphael Jacobs
Conduite des surtitres Valentina Bättig, Ruben Monteiro Pedro, Stephan Ruch
Les décors ont été réalisés dans nos propres ateliers.
1 – Marlene Chevalley Knoepfler, Julia Deit-Ferrand, Marie Delprat, Eylül Nazlîer, Serenad Uyar
2 – Julia Deit-Ferrand, Eylül Nazlîer
3 – Serenad Uyar, Eylül Nazlîer, Iris Keller
4 – Julia Deit-Ferrand, Marlene Chevalley Knoepfler, Marie Delprat, Eylül Nazlîer, Serenad Uyar
5 – Iris Keller, Julia Deit-Ferrand, Serenad Uyar
© Joel Schweizer
«Un lamento commun»
Julia Deit-Ferrand et Raphael Jacobs à propos de «Laissez durer la nuit»
Comment ce projet est-il né?
Julia: Ce projet a vu le jour il y a trois ans. À la fin de mes études, j'ai reçu le «Prix Fritz Bach» de la Haute École de Musique de Lausanne qui m'a permis de réaliser une performance intitulée «Laissez durer la nuit». Cette première version associait musique baroque, musique électronique et chants traditionnels. D’ailleurs, Marie Delprat qui joue dans notre production actuelle était déjà aux électroniques.
Dieter Kaegi a découvert une vidéo de cette performance sur Internet et m'a proposé de la transformer en pièce de théâtre musical. La grande nouveauté consistait à intégrer l'orchestre et à créer une mise en scène pour conférer à la pièce un caractère plus opéra-tique. Nous avons travaillé à la composition du fil dramaturgique et musical de l’ouvrage: Raphael et moi-même, Emily Hehl, notre cheffe d'orchestre Gabriella Teychenné et Eylül Nazlîer qui chante et performe sur scène, mais écrit aussi ses propres pièces. Ensemble, nous avons imaginé comment faire dialoguer les chants baroques et les musiques d’Anatolie et kurdes, ces derniers jouant un rôle important dans la pièce.
Raphael: Nous avons par ailleurs développé plusieurs grandes sections dans lesquelles nous avons divisé l'ensemble: des chapitres tels que la tombée de la nuit, la solitude, la mort, le lamento, la communauté, la résistance... Nous les avons choisis ensemble, avons discuté de la manière dont tout pourrait se dérouler, notamment à l'aide d'inspirations visuelles pour la composition des images scéniques que nous avons échangées.
Julia: Et puis la question s'est posée: comment transformer cela en mise en scène?
Raphael: Comment cela se traduit-il dans un opéra? C'est à la fois performatif et réel, riche en images qui véhiculent des émotions et se cristallisent dans des moments authentiques. Ce voyage à travers la nuit explore les différentes nuances du deuil, un sentiment intense sous toutes ses formes, une solitude extrême.
Ces thèmes sont très présents, tant dans la musique kurde que dans la musique baroque. Dans les deux, chacune à sa manière, le sentiment de tristesse est exploré avec une grande profondeur. Il est important de laisser d'abord s'exprimer cette douleur et ce désespoir. Cependant, il ne faut pas s'y enliser, mais plutôt se confronter au change-ment, à une transformation possible, et les mettre en œuvre. Nous souhaitions que les femmes de la nuit, puissent développer leur propre voix, mais aussi trouver une voix en tant que communauté.
Pour chaque personnage, nous partons d'un point de vue très différent et nous nous demandons comment les individus peuvent se rassembler en une société, en une communauté. Quelles valeurs, quelles idées, quels changements parfois extrêmes sont nécessaires, quelles expériences tous partagent. Tous partagent une même sensation d’impuissance face au deuil, à la douleur, tous partagent l'expérience d'une perte bouleversante. C'est précisément en ces points qu'ils se rejoignent et constatent qu'ils ne sont pas seuls. Cela leur donne une nouvelle énergie, le courage de s'accepter, d'être bienveillant·e·s les un·e·s envers les autres, de traverser ces émotions profondes et de les porter en eux·elles sans les nier.
Julia: Un point commun a très vite surgi entre la musique baroque et le dengbêj, le genre musical pratiqué par Eylül: le lamento. C’est un chant exprimant la douleur qui a ici pour thème la perte d’un être cher, la souffrance liée à l'exil, la terre que l’on a quittée...
C'est de cette recherche autour d’un lamento commun que nous sommes parties. Des plaintes individuelles qui se font écho et peu à peu s’unissent pour aboutir à un processus de résistance.
Raphael: Mais il ne s'agit pas seulement de combiner des styles musicaux, mais aussi d'associer, à travers la musique folklorique sélectionnée, les langues d'une région fortement marquée par les conflits. Il n’est pas évident de réunir sur une même scène le turc et le kurmandji, mais surtout le zazaki.
Julia: Le kurmandji et le zazaki sont deux des dialectes kurdes qui sont présents dans notre pièce. Ils sont très différents. Cependant, alors que le kurmandji est encore assez répandu, le zazaki, qui est le dialecte d'Eylül, est en voie de disparition et est protégé au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Avec la création de la nation turque, il a longtemps été interdit aux Kurdes de parler kurde. Ces chants ont donc une grande importance en tant que vecteurs de la mémoire collective.
Raphael: Dans ce contexte, on peut affirmer que les médias, en particulier les enregistrements audio, sont bien sûr extrêmement utiles pour documenter et préserver les traditions. Toutefois, cela modifie également la nécessité de la transmission orale, qui est à l'origine l'essence même de cette culture immatérielle. Eylül s'engage fortement à enregistrer et à collecter les chants classiques, mais aussi à les apprendre et à les interpréter en direct.
Les textes revêtent une importance particulière...
Raphael: Oui, et cela s'applique à tous les styles. C'est très différent du répertoire standard, avec un livret fixe et une musique prédéfinie. Julia et moi avons travaillé intensément à la traduction précise de tous les textes des pièces, car ils ont une importance considérable pour notre travail scénique et pour la direction des personnages sur scène. Il s'agit de comprendre comment, dans une communauté matriarcale telle que celle que nous trouvons sur scène, les anciens textes baroques peuvent être lus avec un œil neuf et traduit dans le langage d'aujourd'hui. Parallèlement, les chants d’Eylül apportent un enrichissement supplémentaire grâce aux textes additionnels: l'ancien lamento se mêle aux témoignages des chanteuses et au répertoire dengbêj. La musique baroque traite de sentiments tels que l'amour ou la perte de la paix. Cependant, nous y ajoutons également une perspective sur la nature, les catastrophes et l'environnement. Avec Eylül, nous avons l’énorme chance qu'elle fasse preuve d'une grande flexibilité dans son approche des textes, en y intégrant de petites histoires, en particulier des paroles de chansons de femmes issues de la tradition dengbêj. Elle modifie ainsi le matériau musical, qui serait autrement interprété de manière peut-être plus traditionnelle.
Nous souhaiterions donc mettre davantage l'accent sur les textes, car ils constituent l'âme de la pièce. D'autant plus que la traduction nous permet véritablement d'exprimer notre point de vue. En considérant les choses sous un angle nouveau, nous revisitons également la poésie baroque dans ce contexte précis, avec notre regard inclusif et notre conception de la cohabitation. Nous observons à travers nos protagonistes et avec eux, pour finalement spéculer sur la manière dont nous souhaitons cohabiter à l'avenir. Pour cela, il est important de considérer la musique et le texte comme des langages à part entière et l'expérience comme le résultat d'un moment multidimensionnel qui est plus que la somme de ses parties.
Julia: D'ailleurs, le travail sur les textes des surtitres a été un long processus. Nous souhaitions trouver une langue commune, aussi différentes que soient les langues originales des pièces.
Traduire les textes de manière adéquate représente naturellement un défi de taille.
Raphael: Oui, car le dengbêj présente de nombreuses facettes différentes dans son langage imagé et son style, ainsi que de nombreuses métaphores culturelles qui ne sont pas immédiatement compréhensibles pour les personnes extérieures, mais qui peuvent constituer une grande source de contemplation poétique pour le public. Ces métaphores montrent également clairement que les chants ont été transmis pendant très longtemps et sont presque utilisés comme une forme d'écriture de l'histoire.
Julia: Il y a des thèmes récurrents tels que les références à la douleur ou à la mère. Le soupir «Ô ma mère, ô ma mère» revient par exemple souvent.
D'où provient le titre de la pièce «Laissez durer la nuit»?
Julia: C'était le titre de ma performance à Lausanne et on a choisi de le garder. C'est une pièce du compositeur baroque Sébastien Le Camus, qui fait également partie du spectacle.
Raphael: «Laissez durer la nuit» exprime si bien tout cela. Malgré tout, tu souhaites que la nuit reste, car elle n'est pas seulement la fin d'une journée, elle est aussi une obscurité oppressante dans notre monde de pensées, et nous nous sommes rencontrés, liés, reconnus mutuellement dans ce sentiment de deuil partagé. Même si, après avoir surmonté la douleur et la solitude, tu t’abandonnes à la cohésion d'une communauté en formation et en pleine croissance, avec un profond soulagement et une grande joie, tous brûlent alors de cette connexion, de cette sororité. Tu souhaites préserver ce sentiment. «Laissons durer notre histoire commune».
«Trois registres musicaux»
Gabriella Teychenné, Eylül Nazlîer et Marie Delprat à propos de «Laissez durer la nuit»
Comment est née la collaboration entre les trois univers musicaux?
Gabriella: Au départ, l'idée restait assez générale sur le plan musical: il s'agissait de combiner musique baroque, électronique et folklorique traditionnelle pour une pièce de théâtre musical autour du thème de la nuit. Pour la partie baroque, nous disposions d'un vaste répertoire dans lequel puiser. Nous nous sommes réuni·e·s, avec Julia et l'équipe de mise en scène, pour passer en revue une grande quantité de musique. Pendant plusieurs jours, nous avons sélectionné les morceaux qui conviendraient le mieux. Ce qui est particulièrement beau, c’est qu'il s'agit d'une création, dans laquelle les aspects théâtraux et dramatiques sont étroitement liés à la musique.
Eylül: Je m’occupe des contributions à la musique kurde. Je chante et je joue du saz, un luth traditionnel à long manche, très répandu dans la musique kurde et turque. J’interprète également un rôle sur scène. Au début, tout était nouveau pour moi: je n'avais encore jamais participé à un opéra, c'est une façon très différente de faire de la musique et de chanter. Mais, je m'y suis rapidement habituée, me suis immergée dans l'histoire et j'ai trouvé mes chansons. Dès le départ, il était important pour moi qu’il s’agisse d’un dialogue entre l'Occident et l'Orient. Toi et moi, nous nous rencontrons, et un nouvel espace, porteur d’une nouvelle énergie, voit le jour.
Gabriella: Sans trop en dévoiler, le premier morceau de la soirée est une chanson populaire suisse. Nous voulions ainsi mettre en relation la musique folklorique occidentale avec la musique kurde et turque, même si les styles sont très différents.
Marie: Mon travail est lui aussi multiple: il englobe la composition et le live-electronic, ce qui veut dire interpréter de la musique électronique en direct, et tout comme Eylül je suis également sur scène aux côtés des chanteuses d'opéra en tant que «voix dans la nuit». Il y a quelques mois, j'ai reçu les partitions des morceaux baroques, et il s'agissait alors de définir les interventions de la musique électronique. Là on ne peut pas improviser, car l'autre musique n'est pas improvisée non plus. Tout doit donc être minutieusement préparé. Il y a des indications très précises, des «cues» (entrées), coordonnées avec Gabriella.
Quelle musique avez-vous finalement retenue?
Gabriella: Les morceaux ont été sélectionnés, pas seulement selon des critères musicaux, mais aussi en fonction de leur cohérence dramaturgique dans l’ensemble de la production. J'ai veillé à créer un équilibre entre styles, origines, tempos et atmosphères. Nous avons des compositeurs connus comme Antonio Vivaldi, Georg Friedrich Haendel ou Henry Purcell, mais aussi Hildegarde de Bingen ou la compositrice italienne Barbara Strozzi. Il y a même un morceau du XXe siècle, un extrait de la «Trauermusik» (Musique funèbre) de Paul Hindemith, manifestement fasciné par la musique baroque. Toute cette musique est si merveilleuse qu'elle se suffit à elle-même, qu'elle soit d'origine sacrée ou lyrique.
Eylül: Ma musique se compose de chants traditionnels des dengbêj et de mes propres compositions. Les dengbêj sont très importants pour la culture kurde, car notre histoire ne s’est pas transmise par l’écrit, mais par ces chants. Il en existe pour toutes les situations: l'amour, la guerre, et bien sûr la nuit et tout ce qui y est lié. J'ai également écrit une chanson spécialement pour cette production.
Gabriella: Après le choix des morceaux, l’étape suivante a été celle des arrangements. On m'a imposé une instrumentation définie, ce qui a nécessité passablement d’arrangements, car l'orchestre devait aussi disposer d’instruments à vent en bois. Toutefois, la plupart des morceaux baroques sont écrits à l'origine pour cordes avec continuo. Je souhaitais intégrer les bois de façon qu'ils ne se contentent pas de doubler les cordes, mais qu'il s'agisse d'une véritable orchestration. J'ai donc non seulement ajouté des bois, mais j'ai également réarrangé et réécrit une partie de la musique. Par ailleurs, nous disposons d’un continuo complet avec orgue et luth, ce qui confère une sonorité baroque très authentique. À cela s'ajoute l'électronique comme instrument à part entière, ainsi que le saz d'Eylül.
Marie: Lors de plusieurs sessions avec Janiv Oron, j'ai préparé les samples utilisés dans la pièce. Il possède de grands synthétiseurs très spécifiques qu’on ne peut pas emporter facilement au théâtre, car ils sont trop lourds. Nous avons ainsi enregistré différents samples que j'ai transférés sur mon ordinateur pour les utiliser selon les besoins, individuellement ou simultanément, en boucle ou selon les exigences.
Comment avez-vous coordonné tout cela?
Gabriella: Il était essentiel d’éviter une juxtaposition de blocs séparés. Le baroque, l’électronique et la musique folklorique devaient s’entrelacer pour former une œuvre cohérente. Il fallait que cela fonctionne comme un tout et non comme une succession de morceaux. J'ai donc composé des transitions permettant une fluidité entre les morceaux. Cela a été très passionnant, car j'ai pu y intégrer des éléments contemporains. Ces transitions sont plutôt modernes et non strictement baroques. Mais nous utilisons souvent la musique électronique à cette fin, notamment lors des passages entre musique folklorique et baroque.
Marie: Dans la musique électronique, on ne s’appuie généralement pas autant sur la théorie musicale. Mais ici, je dialogue avec une musique écrite et composée, ce qui implique que la partie électronique soit elle aussi composée. Elle se base sur les tonalités autour de nous: la tonalité vers laquelle on va ou de laquelle on vient. Il s'agit souvent de petites transitions d'une minute environ, de véritables miniatures. Mais au-delà de cela, il y a aussi plusieurs parties communes avec l'orchestre. En répétitions, je place un micro dans l'orgue pour capter son signal, auquel je peux ensuite appliquer des effets. Je pro-cède de la même manière avec le saz, et je travaille aussi avec la voix de Julia.
Eylül: De mon côté, j'ai d'abord dû m’approprier le langage sonore de la pièce. Au début, je me concentrais entièrement sur ma propre musique. Mais peu à peu, nous nous sommes accordées, et après environ une semaine, j'ai commencé à écouter davantage les autres, la musique électronique et le chant, tout en jouant du saz. J'ai ainsi modifié progressivement ma manière de jouer, car une nouvelle énergie émanait de ces univers.
Gabriella: Eylül et Marie ont chacune leur style bien particulier. Nous avons discuté en-semble de certains paramètres fondamentaux, comme la durée d'un morceau ou d'un passage, ou encore la tonalité. Pour le reste, je leur ai laissé une grande liberté, en me considérant comme celle qui assure la cohésion de l’ensemble.
Cette collaboration semble bien fonctionner...
Gabriella: Oui, très bien, y compris sur le plan technique. La musique baroque est très mathématique et rythmée, tout comme la musique folklorique et la musique électronique. Ces musiques restent souvent dans une même tonalité et ont une structure claire.
Eylül: Et nos histoires ne sont pas si différentes. Les émotions sont les mêmes. Tu es une femme, seule dans la nuit, tu ressens ces moments de solitude, et soudain, elle devient douloureuse. Mais nous nous retrouvons et peu importe alors la religion ou la langue que nous parlons. Nous construisons ensemble un nouveau monde dans lequel nous chantons et créons ensemble. Sans guerre et sans nous opposer.
Notre pièce met les femmes au centre, alors qu’une grande partie de la musique ba-roque a été composée par des hommes. Est-ce aussi le cas pour la musique folklorique?
Eylül: Pas tout à fait. La musique provient à peu près à parts égales d’hommes et de femmes. Tout au long de l'histoire et partout dans le monde, les femmes ont également beaucoup créé, elles ont chanté, écrit, mais cela a souvent été dissimulé ou réprimé par les hommes. Pourtant, même si une chanson a été écrite par un homme, elle acquiert ma force et ma personnalité dès que je la chante. Je me tiens à égalité. Cela me va, car il y a une histoire derrière tout cela. Aujourd’hui, de nombreuses femmes fortes interprètent des chants du passé, du présent et, espérons-le, du futur. Nous essayons de faire évoluer les mentalités.
Gabriella: Les trois niveaux musicaux sont parfois étroitement liés. À un moment clé, on entend un lamento polyphonique accompagné par l'orchestre, mais entre les différents passages, Eylül chante sa propre chanson, et la musique électronique reste présente en arrière-plan. C'est ainsi que tous les éléments s'assemblent. Mais j’apprécie aussi énormément que chacune puisse travailler de manière autonome.
Marie: Pour moi, c'est aussi un retour aux sources, puisque j’ai étudié la musique baroque avant de me tourner vers la musique électronique.
Eylül: Je viens de la tradition kurde et j'ai mon propre public, qui n'écoute généralement pas d'opéra. À l'inverse, le public de l'opéra connaît peu la musique traditionnelle. Nous les réunissons pour dire: «Regardez, écoutez, cela existe aussi.» Car la musique est universelle.
Musique baroque et au-delà
Musique baroque et au-delà
L’opéra baroque a été redécouvert au plus tard avec l'émergence de la pratique d'interprétation historiquement informée au XXe siècle. Depuis lors, des œuvres de Monteverdi, Haendel, Vivaldi ou Rameau ont retrouvé leur place à l'affiche des théâtres.
Les raisons sont multiples: la musique, généralement accessible, présente une structure claire tout en offrant un véritable kaléidoscope de couleurs musicales capable de refléter toutes les émotions imaginables. Sur le plan stylistique, les airs se distinguent également par une grande diversité, allant de l’air simple à un feu d’artifice de coloratures d’une grande virtuosité.
À l'époque baroque, il était courant d'extraire des airs de différents opéras pour en constituer une nouvelle œuvre, appelée «pasticcio» (de l'italien «pâté»). Cette pratique, par la suite plutôt mal vue, connaît aujourd'hui un regain d’intérêt. Ainsi, en 2022, TOBS! présentait «Les liaisons dangereuses»: un pasticcio composé de musiques tirées d’opéras de Vivaldi.
«Laissez durer la nuit» unit la musique populaire kurde et turque, des sonorités électroniques et la musique baroque.
Les œuvres sont chantées en italien, français, allemand, anglais, latin, turc, ainsi qu’en kurmandji et en zazaki, qui sont des langues kurdes, et en suisse allemand.
Œuvres avec accompagnement orchestral:
Chant traditionnel suisse: Das alte Guggisberger-Lied
Jean-Philippe Rameau: Tristes apprêts (de «Castor et Pollux»)
Johann Nauwach: Jetzund kömmt die Nacht herbei (de «Neue teutsche Liedlein»)
Henry Purcell: Oft She Visits (de «Dido and Aeneas»)
Georg Friedrich Haendel: Verso già l’alma col sangure (de «Aci, Galatea e Polifemo»)
Georg Friedrich Haendel: Sarò qual vento (d’«Alessandro»)
Barbara Strozzi : Udite, amanti, la cagione (de «L’Eraclito amoroso»)
Giovanni Battista Pergolèse: Stabat mater dolorosa (de «Stabat mater»)
Sébastien Le Camus: Laissez durer la nuit
Claudio Monteverdi: Lamento della ninfa (de «Madrigali guerrieri et amorosi»)
Antonio Caldara: Spera, consolati (de «Maddalena ai piedi di Cristo»)
Jean-Sébastian Bach: Stumme Seufzer, stille Klagen (de Cantate BWV 199 «Mein Herze schwimmt im Blut»)
Paul Hindemith: Trauermusik (Part I)
Antonio Caldara: Per il mar del pianto mio (de «Maddalena ai piedi di Cristo»)
Hildegarde de Bingen: O rubor sanguinis
Francesco Provenzale: Non posso far (de «Lo schiavo di sua moglie»)
Antonio Vivaldi: Armatae face et angibus (de «Juditha triumphans»)
Antonio Vivaldi: Cum dederit dilectis suis somnum
Claudio Monteverdi: Duo Seraphim clamabant (de «Vespro della Beata Vergine»)
Meike Lieser
Les chants turcs
Les chants turcs
Il y a tout d'abord «Üsküdar'a gider iken» (En allant à Üsküdar). C'est une chanson folklorique turque qui raconte l'histoire d'une femme et de son greffier (kâtip) voyageant vers Üsküdar. Elle est considérée comme l'une des mélodies les plus populaires qui s'est répandue dans tout l'Empire ottoman. Un film documentaire d’Adela Peeva intitulé «Whose Song is This?» (À qui appartient cette chanson?) a répertorié bon nombre de ces versions.
Dans chaque pays, les citoyen·ne·s revendiquent cette chanson comme étant la leur et peuvent même fournir des histoires élaborées sur ses origines. On trouve donc de nombreuses versions de cette chanson dans les pays voisins de la Turquie comme la Grèce, la Macédoine, l'Albanie, la Bosnie, la Serbie, la Bulgarie, le monde arabe... avec des paroles différentes. Il n'y a pas de réponse claire quant à ses origines. Certains défendent ses origines arméniennes, affirmant qu'elle a été chantée pour la première fois en 1883 dans l'opérette «Leblemitzi Horboraga» de Dihran Tsohatzian, qui est devenue très populaire dans tout l'Empire ottoman. D'autres affirment qu'elle a été composée par un musicien écossais lorsque les fanfares militaires écossaises – qui portent des jupes – se trouvaient du côté asiatique d'Istanbul, menant à Üsküdar, pendant la guerre de Crimée de 1853-1856.
En 1953, la chanteuse américaine Eartha Kitt l'interprète en turc sous le titre «Uska Dara».
Une version de Jordi Savall et son ensemble Hespèrion XXI existe dans une version en grec, arabe, turc et ladino.
«Uzun İnce Bir Yoldayım» (Je suis sur un long chemin étroit) est une des chansons les plus populaires de Turquie. Ce chant est classé dans le répertoire des türkü (chansons traditionnelles turques), écrit en 1966 par le poète et chanteur populaire turc Âşık Veysel, et composé dans le mode hüseynî, un mode musical traditionnel, comparable aux échelles modales en musique occidentale. Le poème est originaire de la région de Şarkışla, dans la province de Sivas. C’est le récit d’une vie, de la naissance à la mort. Aşık Veysel y utilise des images très fortes pour décrire le bref passage qu’est l’existence.
Dans la tradition orale turque, le mot «türkü» désigne tout type de poésie populaire chantée sur un air. La chanson populaire n'a pas de forme particulière. Une koşma, une semai, une épopée ou n'importe quel poème populaire devient une chanson populaire lorsqu'il est chanté sur un air de chanson populaire. C'est pourquoi la caractéristique la plus distinctive du type de chanson populaire est sa mélodie.
La grande majorité des türküler sont anonymes ou ont été transmis de bouche à oreille, leur auteur ayant disparu. Les türküler appartiennent ainsi au peuple et constituent un genre musical très répandu, utilisé par des artistes qui s'adressent à toutes les couches de la population dans des albums, des concerts et des spectacles. Les türküler naissent et se répandent souvent à la suite d'un événement naturel ou d'un acte héroïque. Les chansons populaires ne peuvent pas conserver les caractéristiques de la région où elles sont nées. Comme on constate que les personnes, les noms de lieux et même les thèmes changent dans les régions où elles sont transmises, il est difficile de savoir où elles sont nées.
La chanson «Yarîm Istanbul'u mesken mi tuttun» fait partie du répertoire des «gurbet» (terre étrangère/exil en turc). C'est un thème récurrent dans la musique turque, désignant la nostalgie et l'éloignement, le sentiment d'une personne vit loin de son lieu de naissance et d'origine.
Cette chanson raconte l'histoire de la lutte pour la survie dans la pauvreté du village de Kuruköprü, situé dans le district de Talas, à Kayseri. Même si de nombreuses jeunes filles et jeunes hommes avaient atteint l'âge de se marier et étaient tombé·é·s amoureux·ses, les conditions de vie difficiles ne leur permettaient pas de se marier et de s'unir facilement. Ici, deux jeunes d'un village ont trouvé leur bonheur et se sont fiancés. Ils sont partis à Istanbul pour gagner de l'argent afin de se marier. Après avoir travaillé et gagné de l'argent, ils sont tous deux revenus au village deux ans plus tard, se sont mariés. Cependant, comme il était difficile de subvenir aux besoins du foyer et de gagner sa vie avec les moyens du village, les mariés sont repartis pour Istanbul. Quelques années plus tard, la femme est revenue au village. Elle attend son retour, écrit des lettres à son mari, mais ne reçoit ni réponse ni nouvelles de lui. Les jours, les mois et les années s'écoulent, mais il ne revient pas.
Julia Deit-Ferrand
L’art des Dengbêj
L’art des Dengbêj
deng = voix, bêj = conteur·euse
Le dengbêj est un genre musical kurde chanté par les dengbêjs qui sont des chanteur·euse·s – conteur·euse·s. Dans le répertoire des dengbêjs le texte est primordial et revêt un caractère narratif: on le déclame a cappella. Ensemble ou seul·e·s, chantant un kilam (récit mélodisé), les dengbêjs créent un univers qui évoque des expériences de vie individuelles et sociales. La perte et la douleur, le désespoir et le chagrin, le deuil et la nostalgie coexistent avec l’amour et l’affection, la morale et l’espoir. Chanter la dureté de l’exil par opposition au bien-être du foyer est un élément important de ces lamentations.
Les kilams esquissent un monde fait de vie villageoise, de berger·ère·s, de rébellions et de guerres, un monde qui rappelle et reconstitue le passé kurde. La tradition orale de cette forme d’art induit que chaque chanson est continuellement réécrite par chaque dengbêj, témoignant de son expérience personnelle à travers le langage et la musique.
Dans les années 1930, le gouvernement turc interdit l’usage de la langue kurde. Les dengbêjs manquent d’être réduit·e·s au silence. Après le coup d’État militaire de 1980, parler kurde en public est interdit, et les chanteur·euse·s et musicien·ne·s kurdes sont emprisonné·e·s et torturé·e·s. Le fait de mettre en musique, aide à fixer dans la mémoire des événements, des histoires, des récits.
En raison du conflit armé et de l’évacuation de milliers de villages, les femmes ajoutent à leurs douleurs l’exil vers les grandes métropoles, le deuil de leur village et de leurs morts. Les femmes et notamment les mères affirment souffrir terriblement. Si elles ne sont pas les seules, ce sont elles qui sont autorisées à le dire et à le faire savoir à la communauté. La mère est la narratrice des lamentations s’adressant au fils. Parfois aussi, la chanteuse s’adresse à sa propre mère et confie ses peines: «Ne pleure pas mère.» «Oh mère, je suis pleine de chagrin.» En exprimant cette douleur, les femmes la rendent effective et présente dans la communauté. Elles en retirent en échange un rôle qui leur est désormais attribué, de gestionnaires des peines.
«Laissez durer la nuit» revient aux origines mêmes de cet art du dengbêji: des lamentations puissantes et des témoignages chantés par des femmes depuis l’aube de la culture kurde.
Julia Deit-Ferrand
Les costumes
Chacune des cinq femmes a son propre langage. Il m’était important de les représenter toutes de manière autonome afin de souligner qu’elles peuvent et doivent conserver leurs différences. Leur point commun se situe à un niveau bien plus profond.
Les symboles sur la veste d’Eylül renvoient à ses textes, ou plutôt y réagissent. Ils sont gravés à la main avec de la suie et du lait maternel dans le cuir. Ces tatouages, appelés «Deq», sont profondément ancrés dans la culture kurde; on attribue à ces symboles des effets tels que la protection contre le mal et l’octroi de force. Les deux peignes sur le devant de la veste symbolisent sa relation avec sa mère, à laquelle elle adresse ses pensées inquiètes. Les étoiles représentent la nuit et les montagnes son foyer.
Lorsque de tels motifs sont tatoués sur la peau, ils doivent aussi soutenir la guérison des endroits douloureux.
L’ouverture de sa veste est ornée d’un arbre de vie.
L’imprimé sur la robe de Serenad montre une ville fictive, composée comme un collage, qui forme à partir de lumières nocturnes, un lieu commun au-delà des frontières territoriales.
Julia apparaît dans la veste de son grand-père. Son costume s’inspire des vêtements portés par les gens de la campagne et des villages.
La bergère, incarnée alternativement par Iris et Marlene, est celle qui protège le groupe et le maintient uni. Elle porte une cape inspirée des manteaux traditionnels des bergers.
Marie est comparable à la Grande Prêtresse du tarot, qui incarne l’intuition, la sagesse divine et le féminin caché. Elle se tient souvent un peu à l’écart du groupe, mais en fait partie lors des moments clés. Ainsi, sa robe présente un tracé graphique très marqué, une bande lumineuse.
Esther-Helin Bienroth
Impressum
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Droits de représentation:
Conception: Julia Deit-Ferrand
Francesco Provenzale, Non posso far (de «Lo schiavo di sua moglie»):
Éditions Charybde & Scylla, Yannis François
Paul Hindemith, Trauermusik: Schott Music GmbH & Co. KG
«Rêwîya şevê»: Eylül Nazlîer
Musique électronique: Marie Delprat, Janiv Oron
Arrangements et transitions: Gabriella Teychenné
Les textes des chansons «Gidîyono», «Ahmedo Ronî» et «Genç xelil» ont été traduits du kurmandji vers le français par Latcheen Maslamani pour les surtitres de notre production. Tous les autres droits restent la propriété de la traductrice.
Éditeur:
Théâtre Orchestre Bienne Soleure TOBS!
www.tobs.ch
Saison 2025/26
Programme n° 5
Directeur général: Dieter Kaegi
Directeur adjoint de l’opéra: Francis Benichou
Textes et rédaction: Meike Lieser
Traduction: Isabelle Wäber, Julia Deit-Ferrand (französisch), Béatrice Schmidt, Meike Lieser, Raphael Hehl (deutsch)
Relecture: Béatrice Schmidt, Julia Deit-Ferrand
Layout: Aline Boder
Création: Republica AG
Photos des générales piano et orchestre des 23 et 24 mars 2026: Joel Schweizer
Choix des photos: TOBS!
Mars 2026
Tous les textes sont des contributions originales pour cette production.
Les interviews ont été réalisées par Meike Lieser du 3 au 9 mars 2026.
Références bibliographiques:
Kordula Knaus: Musikgeschichte «Barock». 2023, Bärenreiter Studienführer Musik.
Silke Leopold: Geschichte der Oper in vier Bänden. Band 1, Die Oper im 17. Jahrhundert. 2020, Laaber Verlag
Eva Rieger: Frau, Musik und Männerherrschaft, Kassel 1988, Furore-Verlag.
Aslı Erdoğan: Requiem für eine verlorene Stadt. Aus dem Türkischen von Gerhard Meier. 2022, Penguin Verlag
Zeynep Ersan Berdos: Turquie. Un pont entre deux mondes. 2022, Collection L’âme des peuples
Azadî: Leçons kurdes. Les damnés des montagnes. 2025, La fabrique éditions.
Sophie Mousset: Kurdistan. Poussière et vent. 2017, Collection L’âme des peuples
Alice Zeniter: Je suis une fille sans histoire. 2021, Arche
kurdistan-au-feminin.fr/2019/07/12/lamentations-de-femmes-kurdes-deplacees-les-chemins-de-lidentite-kurde-en-turquie-aujourdhui/
Estelle Amy de la Bretéque: Voices of Sorrow. Melodized Speech, Laments, and Heroic Narratives Among the Yezidis of Armenia. Yearbook for Traditional Music, Vol. 44 (2012)
www.theparisreview.org/blog/2018/10/01/eartha-kitt-in-istanbul/
Quellen: Adela Peeva, Whose Song is This?, 2003
archive.org/details/whose-is-this-song-2003
Pour des raisons de droits d’auteur, il est interdit de faire des photos et des enregistrements audio et vidéo pendant les représentations.
Les affiches de la production peuvent être achetées à la caisse du théâtre.
Nous nous réjouissons de recevoir vos remarques et vos commentaires sur la mise en scène: direction[at]tobs.ch.














