Intrigue
La pièce raconte les derniers jours de l’Empire romain. Dürrenmatt prend toutefois de grandes libertés avec la réalité historique. Sous sa plume, la chute de l’Empire romain d’Occident bénéficie du soutien actif de son dernier empereur. Romulus méprise l’Empire et sa propre culture en raison de leur passé sanglant. Il attend l’arrivée des Germains venus du nord et de leur chef Odoacre, dans l’espoir que celui-ci scelle la fin de ce cruel empire.
Romulus vit retiré dans son domaine, où il élève paisiblement des poules et savoure son petit-déjeuner. Sa femme Julia, sa fille Rea, les derniers ministres encore présents; Tullius Rotundus, ministre de l’Intérieur, et Mares, ministre de la Guerre, Zénon l’Isaurien, empereur d’Orient en exil, ainsi qu’Émilien, son futur gendre revenu de captivité, le supplient tous et toutes de repousser l’invasion germanique. En vain: il ne leur reste finalement d’autre choix que de prendre la fuite.
Resté seul dans son domaine, Romulus attend les Germains. Mais leur arrivée lui réserve une surprise: Odoacre se révèle être, comme lui, un souverain las de la guerre, espérant pouvoir se soumettre à Romulus afin de ne pas abandonner l’avenir de la Germanie aux mains de son ambitieux neveu Théodoric. À ce stade, le seul constat possible pour Romulus est le suivant:
«Mon cher Odoacre, notre destin, à présent, c’est de figurer des hommes politiques ratés. J’ai jugé Rome parce que je craignais son passé, et toi la Germanie parce que son avenir te faisait horreur. Nous nous sommes laissé guider par deux chimères, car nous n’avons pas de pouvoir sur ce qui était ni sur ce qui sera. Nous n’avons de pouvoir que sur le présent, ce présent auquel nous n’avons pas pensé et qui nous met maintenant en échec tous les deux.»
Informations complémentaires
Surtitré en français à Bienne
Durée: env. 2 heures 15 minutes entracte inclus
Âge recommandé: 12+
Introduction live et discussion: plus d'informations ici.
«Jamais les nouvelles ne bouleversent le monde. Ce sont les faits qui s’en chargent, les faits que nous ne pouvons plus changer parce qu’ils se sont déjà produits quand arrivent les nouvelles. Les nouvelles ne font qu’agiter le monde, il faut donc apprendre à s’en passer autant que possible.»
Romulus
Distribution
Distribution
Mise en scène Olivier Keller
Décors et costumes Dominik Steinmann
Musique Johanna Schaub
Conception lumière Morgan Hoxha
Dramaturgie Patric Bachmann
Assistance à la mise en scène, régie de plateau Nora Bichsel
Stagiaire à la mise en scène River Hodel
Médiation Janna Mohr
Nadine Schwitter
Romulus der Grosse
Günter Baumann, Anna Blumer, Luise Frommann*, Florian Gamillscheg*,
Gabriel Noah Maurer
Römer
Spurius Titus Mamma, Reiterpräfekt
Achilles/Pyramus, Kammerdiener
Tullius Rotundus, Innenminister
Apollyon, Kunsthändler
Julia, Kaiserin von Westrom
Rea, ihre Tochter
Mares, Kriegsminister
Zeno der Isaurier, Kaiser von Ostrom
Phosphorides/Sulphurides, Kämmerer
Cäsar Rupf, Industrieller
Ämilian, Römischer Patrizier
Phylax, Schauspieler
Odoaker, Fürst der Germanen
Theoderich, sein Neffe
*Stage de théâtre TOBS!, Haute École d'art de Zurich
Technique
Technique
Directeur technique Günter Gruber
Responsable des décors et des ateliers Vazul Matusz
Menuiserie Steven McIntosh | Raphael Schärer | Andy Schwabe
Atelier peinture Daniel Eymann (Responsable) | Julian Scherrer
Atelier décoration Clarina Naef
Accessoires Céline Anderegg (Préparation) | Boris von der Burg (Représentations)
Maquillage théâtre Barbara Grundmann-Roth (Responsable) | Miria Germano
Responsable atelier couture Steffi Rehberg
Atelier couture Christine Wassmer (Adjointe Admininistrative) | Catherine Blumer | Natalie Zürcher (Tailleures dames) | Janine Bürdel | Sarah Stock (Tailleures hommes) | Katrin Humbert | Dominique Zwygart (Tailleuses)
Ankleiderin Anja Wille
Responsable technique Adrian Schubert
Chef de plateau Bienne Samuele D'Amico
Chef de plateau Soleure Rémy Zenger
Agencement technique Aldo Fuhrer
Son Alex Wittwer
et toutes l’équipe technique TOBS!
Responsable doublure lumière Ulrich Troesch
Configuration et conduite des surtitres Stephan Ruch
Les décors ont été réalisés dans nos propres ateliers.
1 – Nadine Schwitter, Luise Frommann
2 – Nadine Schwitter, Anna Blumer, Luise Frommann, Florian Gamillscheg, Günter Baumann, Gabriel Noah Maurer
3 – Anna Blumer, Luise Frommann, Gabriel Noah Maurer, Florian Gamillscheg, Nadine Schwitter, Günter Baumann
© Joel Schweizer
Le Romulus historique
Romulus Augustus (né vers 460; mort après 476) fut le dernier empereur de l’Empire romain d’Occident à régner en Italie.
Il n’était encore qu’un enfant lorsque son père, le général Oreste, le fit proclamer empereur (Augustus) par les troupes, le 31 octobre 475. Oreste, lui, préféra garder la main sur l’armée. En raison de son jeune âge et sans véritable poids politique, Romulus devint la cible de ses adversaires, qui lui donnèrent le surnom moqueur d’Augustulus: «le petit empereur».
L’Empire d’Occident était en crise depuis plusieurs décennies déjà et sur le point de disparaître. Profitant des interminables guerres civiles qui le déchiraient, les chefs de troupes composées principalement de guerriers germaniques s’étaient peu à peu affranchis du pouvoir central pour fonder leurs propres royaumes.
À peine quelques mois après l’arrivée au pouvoir d’Oreste et de son fils, une rébellion éclata, le 23 août 476. Oreste fut vaincu et tué cinq jours plus tard. À la tête des rebelles, l’officier germanique Odoacre entra dans Ravenne au début du mois de septembre. Il déposa Romulus, le chassa de la ville et l’exila au Castellum Lucullanum, une forteresse située près de Naples.
La fonction impériale en Occident ayant ainsi été abolie, Romulus ne représentait plus aucune menace, contrairement aux empereurs renversés avant lui. Odoacre lui laissa la vie sauve et lui accorda une pension annuelle de 6’000 pièces d’or. La date de sa mort demeure inconnue. Une donation accordée par Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, à un certain Romulus entre 507 et 510 est attestée, mais rien ne permet d’affirmer qu’il s’agissait bien de l’ancien empereur, Romulus Augustulus.
Mise en scène
À l’instar de Bertolt Brecht (1898–1956), dont il avait étudié les théories sur le théâtre épique, Dürrenmatt cherchait, par ses pièces, à instaurer une distance entre le public et l’action représentée sur scène. Les spectateur·rice·s devaient être incité·e·s à réfléchir par eux/elles-mêmes. Pour cela, Dürrenmatt privilégiait le procédé de la distanciation, qui permet de remettre en question ce qui est communément admis et de révéler les contradictions des structures sociales. Son théâtre se caractérise également par des éléments à la fois tragiques et grotesques, autrement dit par l’association de réalités en apparence inconciliables. Dürrenmatt a ainsi créé sa propre forme de tragicomédie, qui est à ses yeux la seule forme dramatique possible pour parler du tragique. Plus tard, à propos de sa pièce «Die Physiker (Les Physiciens)», il formulera cette célèbre maxime: Une histoire est pensée jusqu’au bout lorsqu’elle a pris sa pire tournure possible. Cette conception est déjà profondément ancrée dans l’œuvre de «Romulus le Grand».
Olivier, tu qualifies la mise en scène de «Romulus le Grand» d’acte narratif collectif. Qu’entends-tu par là?
Dans cette pièce, Friedrich Dürrenmatt raconte une histoire profondément humaine sur notre monde politique et social. Notre compréhension de l'évolution de la grande Histoire s’élabore de manière collective. À mes yeux, cette pièce doit être racontée par un groupe. Il n’existe pas, pour moi, une seule perspective valable sur ce récit, qui exclurait toutes les autres. Cette histoire, nous la racontons ensemble.
Les 18 rôles sont interprétés par un ensemble de six acteur·rice·s. Comment est-ce possible?
La répartition des rôles représente effectivement un véritable défi. Les interprètes doivent passer d’un personnage à l’autre à un rythme effréné, ce qui renforce l’impression de narration collective évoquée plus haut. J’ai donc choisi d’ajouter encore quelques pirouettes à ce carrousel: non seulement chaque membre de la troupe endosse plusieurs rôles, mais les personnages eux-mêmes changent d’interprète au cours de la représentation. Chacun·e connaît ainsi intimement tous les rôles et donne à voir les traits grotesques de ces figures humaines si typiques de Dürrenmatt.
Nadine Schwitter interprète Romulus, tandis que Günter Baumann et Gabriel Noah Maurer jouent notamment Julia, son épouse, et Réa, sa fille. Qu’est-ce qui a guidé ces choix de distribution?
Les personnages de la pièce ont une dimension archétypale. Ils/elles apparaissent parfois comme des caricatures de la fonction qu’ils/elles occupent dans la société. Pour faire ressortir cette particularité, j’ai cherché le plus grand décalage possible entre les interprètes et leurs rôles. Les comédien·ne·s prêtent leur corps aux personnages. De la rencontre entre le corps que nous voyons et la manière dont le personnage est décrit naît un effet de distanciation stimulant. Il révèle les traits volontairement caricaturaux des personnages et accentue la force comique de la pièce.
Décors
L’espace scénique de «Romulus le Grand» s’inspire du tableau de Thomas Couture intitulé «Die Römer der Verfallszeit / Romains de la décadence». Sa structure reprend celle de cette peinture à l’huile de 1847 représentant une orgie romaine: une colonnade d’ordre corinthien surmontée d’une architrave. À l’arrière-plan, une grande toile peinte dévoile un paysage alpin idéalisé, dominé par un glacier.
Les helvétismes de Dürrenmatt, source d’inspiration musicale
Sous la plume de Dürrenmatt, l’Empire romain se situe en Suisse. C’est donc tout naturellement que des sonorités helvétiques résonnent sur scène: celles de la musique populaire de Suisse romande, et plus précisément du canton de Fribourg. Un univers musical dépouillé; des voix seules, a cappella et en direct, dans toute leur authenticité.
Sans doute le chant le plus célèbre de Suisse romande, le «Ranz des vaches» est un chant traditionnel des armaillis de la Gruyère, attesté pour la première fois par écrit en 1813. L’invention du mal du pays est étroitement liée à ce chant: il était en effet interdit aux mercenaires suisses au service de la France de l’entonner, sous peine de mort. On racontait que, lorsqu’ils l’entendaient, les soldats fribourgeois étaient saisis d’une nostalgie si forte qu’ils désertaient aussitôt. Aujourd’hui encore, le «Ranz des vaches» jouit d’un véritable statut d’hymne. Il est entre autres repris par les supporter·rice·s du HC Fribourg-Gottéron et constitue, depuis 1819, l’un des sommets émotionnels de la Fête des Vignerons à Vevey.
Romulus, qui, chez Dürrenmatt, défend ses helvétismes tout en souhaitant laisser Rome courir à sa perte, fait finalement ses adieux à son pays avec «Adyu mon bi payi». Il s’agit, là encore, d’un chant populaire fribourgeois, écrit en patois – un dialecte aujourd’hui presque disparu –, dont la musique et les paroles sont signées Pierre Kaelin et Francis Brodard.
Friedrich Dürrenmatt
Friedrich Dürrenmatt naît en 1921 à Konolfingen, près de Berne. Fils de pasteur, il étudie la philosophie à Berne et à Zurich, puis s’établit à Neuchâtel, où il mène une carrière d’auteur dramatique, de romancier, d’essayiste, de dessinateur et de peintre. Il se fait connaître grâce à ses romans policiers et récits, notamment «Le Juge» et son bourreau», «Le Soupçon», «La Panne» et «La Promesse», avant d’acquérir une renommée internationale avec ses comédies «La Visite de la vieille dame» et «Les Physiciens». Son œuvre foisonnante est couronnée avec les «Matériaux», dans lesquels il mêle éléments autobiographiques et réflexion critique.
«Romulus der Grosse (Romulus le Grand)» est la troisième pièce de théâtre de Friedrich Dürrenmatt et sa première comédie. L’action se déroule entre le matin du 15 mars et celui du 16 mars 476, dans la villa de l’empereur Romulus, en Campanie. La pièce est créée en avril 1949 au Théâtre municipal de Bâle. Une première version paraît en 1956 sous forme de manuscrit destiné à la scène aux éditions théâtrales Reiss, puis une deuxième version est publiée en 1958 aux éditions Arche. La pièce avait été mise en scène une première fois en 1980 au Théâtre des villes associées Bienne-Soleure.
Friedrich Dürrenmatt meurt à Neuchâtel en 1990.
Centre Dürrenmatt Neuchâtel
Vous souhaitez plonger plus profondément dans l’univers de Friedrich Dürrenmatt? Une visite au Centre Dürrenmatt Neuchâtel s’impose. Le Centre est consacré à la vie et à l’œuvre de l’écrivain suisse et se trouve dans son ancienne demeure. Les expositions et les collections offrent un aperçu de son parcours, de son travail et des différentes dimensions de son œuvre.
Des bons de réduction pour l’entrée au Centre Dürrenmatt Neuchâtel sont disponibles à nos caisses. Profitez de l’occasion pour compléter votre visite du spectacle «Romulus der Grosse» par une autre rencontre avec l’œuvre riche et variée de Friedrich Dürrenmatt.
En savoir plus: www.cdn.ch/fr/
Notes de l’auteur
(Traduction à partir de l’allemand)
À l’occasion de la création de la pièce et de la publication du texte, Friedrich Dürrenmatt a formulé de remarquables réflexions sur son œuvre. En voici une sélection:
Une comédie difficile, parce qu’elle paraît facile. […] La véritable nature de l’empereur ne doit se révéler qu’au troisième acte. Au premier acte, il faut pouvoir comprendre le préfet lorsqu’il affirme: «Rome a un empereur indigne»; au deuxième, Émilien lorsqu’il déclare: «Cet empereur doit partir.» Au troisième acte, Romulus juge le monde; au quatrième, c’est le monde qui juge Romulus. Regardons attentivement l’homme que j’ai dépeint: spirituel, détendu, humain, certes, mais capable, en définitive, d’agir avec une dureté extrême et sans aucun scrupule. Il va jusqu’à exiger des autres la même intransigeance. C’est un dangereux garnement, qui a fait de sa propre mort l’horizon de son action. Voilà ce qu’a d’effrayant cet impérial éleveur de poules, ce juge du monde déguisé en bouffon. La tragédie du personnage tient précisément au caractère comique de son dénouement: sa mise à la retraite. Et pourtant c’est là seulement que réside sa grandeur, il a la lucidité et la sagesse de l’accepter.
Il ne s’agit pas pour moi de montrer un homme d’esprit. La folie d’Hamlet est le voile derrière lequel se cache l’épée destinée à Claudius. Romulus, lui, porte le coup de grâce à un empire qu’il tient à distance par son humour. J’étais également tenté, pour une fois, de ne pas faire périr un héros à cause de son époque, mais d’anéantir une époque à cause d’un héros.
Je justifie un traître à la patrie. Non pas l’un de ceux que nous avons dû faire fusiller, mais l’un de ceux qui n’existent jamais. Les empereurs ne se révoltent pas lorsque leur pays est en tort. Ils laissent cela aux simples citoyens et appellent cette révolte «trahison», car l’État exige toujours l’obéissance. Romulus, lui, se révolte. Même si les Germains arrivent. Un exemple dont on pourrait, à l’occasion, conseiller de s’inspirer.
J’ai cette passion, qui ne me réussit pas toujours: vouloir représenter au théâtre la richesse et la diversité du monde. Mon théâtre devient ainsi souvent polysémique et peut sembler déroutant. Des malentendus s’y glissent aussi, lorsque l’on cherche désespérément, dans le poulailler de mes pièces, l’œuf de l’explication – cet œuf que je m’obstine à ne pas pondre.
Impressum
Impressum
Droits de représentation:
Diogenes Verlag AG, Zürich
Éditeur:
Théâtre Orchestre Bienne Soleure TOBS!
www.tobs.ch
Saison 2026/27
Programme n° 2
Directeur général: Dieter Kaegi
Direction théâtre: Olivier Keller | Patric Bachmann
Rédaction: Patric Bachmann
Traduction: Stefanie Günther Pizarro
Layout: Aline Boder
Création: Republica AG
Photos: Joel Schweizer
Choix des photos: TOBS!
Septembre 2026
Références bibliographiques:
Friedrich Dürrenmatt, Romulus der Grosse, Anhang. Diogenes Verlag AG, Zürich
Friedrich Dürrenmatt, Theaterprobleme. Arche Verlag Zürich.
Thomas Couture, Les Romains de la Décadence, 1847.
@ GrandPalaisRmn (Paris Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
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Les affiches de la production peuvent être achetées à la caisse du théâtre.
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